mon (demi-)tour de France

Dans l’année, quand on cherche à faire le bilan sur nos vies, deux périodes propices se présentent à nous. En hiver, lors des fêtes de fin d’année, en pleine hibernation, au chaud sous la couette et le ventre très généreusement repu ; ou en été, n’importe quand pendant les grandes vacances, quand tout le monde est parti autour du globe et qu’on reste sur la côte d’Azur, anesthésié par la chaleur écrasante et le brouhaha touristique. Bon, la dernière situation est plutôt très personnelle et s’est imposée à moi, et je l’accueille avec grande joie. En plus, elle me permet de me replonger dans mes photos de l’été dernier, un été qui était à l’opposé de l’être l’actuel. Il y a un an je partais sur un coup de tête prendre le train et faire un mini tour de France. Cette année est plus statique mais j’y retrouve un point commun important : le ressourcement.
Je suis partie le 2 août 2017 pour trois semaines de voyage solitaire. Solitaire sur le long du voyage seulement car j’y ai rencontré des dizaines de personnes, différentes chaque jour. J’étais partie avec le concept de faire des mini-séances photo de 30 minutes pour 30 euros. Ce petit prix permettait aux intéressés d’avoir l’expérience d’un shooting photo et pour moi de financer les frais de mon voyage au jour le jour.

Je partais dans l’idée de commencer un rêve qui me trottait dans la tête depuis très longtemps : découvrir toutes les régions de France. Durant mes trajets Nice-Bretagne chaque été pendant mon enfance, je parcourais la France en voiture en une journée et voyais défiler par la fenêtre les différents paysages du pays. Je ne me rendais pas forcément compte à l’époque de la chance que j’avais de vivre dans un pays où les paysages, les ambiances, les traditions étaient si riches et si différentes !

A un âge où on est à la recherche de liberté (celle qui permet de se connaître en rencontrant le monde) je voyais beaucoup de mes connaissances partir à l’autre bout du monde. Je n’avais pas le temps, pas les moyens, pas l’envie – encore – d’aller faire le tour du monde, mais mon cœur m’appelait à partir à la rencontre de la France. Je suivais avec passion sur les réseaux sociaux les récits de photographes et voyageurs partis faire le tour de France ; de mon coté, l’envie était là mais la peur bloquait tout. La peur de la solitude mais aussi de la confrontation (seule) de notre monde (les voix des médias, des informations catastrophiques, résonnaient en continu dans mon cerveau comme une menace de ne pas sortir de chez moi). Il m’a fallu me perdre si fort dans la peur et l’enfermement, atteindre un point de non-retour, être asphyxiée par les mauvaises nouvelles et ne plus supporter tout cela pour décider de partir, sans réfléchir.

Un peu de stress et d’appréhension au début, mais très vite disparue, la peur. Une fois qu’on y est, l’eau est moins froide qu’on ne l’imaginait. Je n’avais pas réfléchi à ce que j’allais vivre, j’étais juste heureuse de me dire que j’allais prendre plein de photos ! L’appareil photo de mon téléphone s’était cassé quelques jours avant le départ, j’ai donc pu me concentrer à 100% sur mon appareil, le connaître encore mieux. J’ai découvert les différentes lumières de chaque ville, le vent qui claque à Biarritz, la lumière qui change en quelques secondes à Bordeaux… bien différent du doux doré de la Côte d’Azur.

Mon programme était plutôt simple : un jour en transport, un jour dans la ville, un jour en transport, un jour dans la ville… Dans mon jour « ville », j’avais mes shootings, parfois 1 seul, parfois 4, et toujours 30 minutes de temps. Une des choses auxquelles je n’avais pas pensé dans mes rêveries utopiques et que j’ai dû affronter dès le premier shooting, c’était le fait d’avoir 30 minutes photographier une personne que je ne connais pas, que je n’ai jamais vu. C’est-à-dire : la mettre à l’aise, capter très rapidement sa personnalité, sa force, ses atouts. Une expérience très très enrichissante au niveau professionnel : je travaille mon instinct et mon efficacité, et au niveau personnel : gros travail sur ma timidité.

Si je rencontre beaucoup de gens, c’est seule que je fais ce voyage et je change de lieu tous les deux soirs. Je dois donc faire face à la solitude. Je n’ai personne de présent physiquement pour me soutenir, m’écouter, voire même pour me divertir de mes pensées : je suis face à elles, face à moi. C’est finalement la partie la plus difficile car je vis des moments de partage forts la journée mais le soir je suis seule. Alors je commence à écrire, beaucoup.

Et c’est là la plus grande richesse de ce voyage. En plus d’avoir rencontré des personnes formidables, c’est moi que j’ai rencontré. J’ai commencé à adopter la solitude, qui m’a permis de mieux écouter, j’ai commencé à écrire, ce qui m’a permis de mieux m’écouter, à faire encore plus attention à ce qui m’entoure : plus seulement à rêver mais à être là, présente. J’ai trouvé la force de ce silence que j’essayais de faire taire depuis toujours et qui est finalement là pour nous murmurer les choses les plus essentielles de la vie.

AIX
Première étape, je prends mes marques. Je rencontre Marine pour ma première séance photo. Une première rencontre d’une belle douceur qui me donne de l’espoir pour la suite. Le lendemain, je découvre un parc ressourçant grâce à Cécile, professeur de Yoga. Alain, mon airbnb, est un voyageur passionné et me montre des photos de ses voyages lors de nos repas. Aix me donne la force de croire en ce voyage.

 


MONTPELLIER
Retour en terrain connu pour revoir Muriel, Satya et leur famille qui chaque année me remplissent de bonheur. Un petit espace de paradis où la joie règne en maître. Dans la ville, que je connais mieux, j’y ai photographié Margaux qui était dans mon lycée à Nice ! Et, sur le chemin, des skateurs se sont amusés à passer et repasser devant mon objectif pour me montrer leurs meilleures figures.

 


TOULOUSE
Je le dirai souvent, mais Toulouse a été ma plus belle découverte photographique. Peut-être car le rythme du voyage commençait à prendre forme. Je regrette de l’avoir si peu photographiée mais j’y retournerai, c’est certain. Cette ville est apparue comme l’incarnation photogénique de bon nombre de mes rêves. Une couleur et une atmosphère unique, ton sur ton. Laurence, qui m’a hébergé, son fils Adrian et Estelle ont été trois très belles rencontres sur mon parcours. J’ai découvert l’atelier de Laurence et ses créations, Lisa Mia, dans le centre de la ville, un espace de paix et d’inspiration.

 


BIARRITZ
A l’instant T, Biarritz me semblait être l’étape la plus difficile. Vents et tempêtes. Je suis trop longtemps restée enfermée dans ma chambre, pas de séances de prévues, et je n’ai même pas pu surfer. Pourtant, après coup, j’y vois certaines des plus belles photos de mon séjour. Le temps m’a en réalité permis d’observer encore mieux la ville et la vie.

 


BORDEAUX
La ville la plus riche en séances photos – j’ai donc très peu photographié la ville – mais j’ai eu un parcours express des quartiers de la ville avec, à chaque fois leur petite histoire ! Le matin, Manon m’a fait une visite du quartier historique, l’après-midi les soeurs Julie et Manon m’ont fait découvrir Darwin, cet hangar rempli de vie, et Marie m’a emmené sur les quais pour boire un verre et admirer le coucher du soleil. J’ai rencontré par hasard Carl, chef végétarien qui a depuis ouvert son propre restaurant, ainsi que Vanessa, comédienne, avec qui nous avons parlé du théâtre, mon milieu de travail pendant l’année.


PARIS
Le rendez-vous des bons copains. J’y reste plus longtemps : cinq jours. Retrouvailles et flânerie dans la capitale que j’ai trop peu connu mais dont Montmartre et les toits ont conté l’imaginaire visuel de mon enfance. Aussi fascinée par Barbès et son effervescence, la photo de la scène d’affection entre une mère et son fils à la station de métro est ma favorite de cette étape.

   


NORMANDIE
J’y reste moins de 24h chez la famille de mon amie Livia. Quel coup de foudre ! Si Cherbourg est un peu trop industriel pour moi (mais le sourire de Fanfan et l’amour de Maxime et Marie l’ont adoucie), je tombe sous le charme des côtes normandes, de cette lumière et de ces couleurs magiques qui réchauffent mon coeur. J’ai l’impression de rencontrer un lieu que je connais depuis toujours (mon sang breton, sûrement). La preuve : mon séjour le plus court et pourtant le plus riche en photos.


BRETAGNE
Retour près de ma famille pour dix jours. Entre les ports de l’océan et la forêt de brocéliande. Je retrouve mes petits cousins que je photographie chaque année, mes modèles favoris. Un vent de fraîcheur et de spontanéité. Le voyage prend fin.

 

 

Un IMMENSE Merci à :
Avant le départ : Camille, Lucas, Thi Hang et ses enfants à Lyon, Candice, Emmanuelle, Floriane, Fred, Tara, Logan, Précilia, Laetitia, Irène, à Nice ;
Sur le parcours :Cécile, Marine et Alain à Aix ; Muriel, Satya, Ruben, Aron, Anais, Pan, Margaux à Montpellier ; Estelle, Laurence, Adrian à Toulouse ; Mathilde et Benoît à Biarritz ; Manon, Julie, Manon, Marie, Vanessa, Emilie et Pierre à Bordeaux ; Arnaud, Hortense, Aminata, Lola, Elie, Jalal, Rudy, Jennifer, Louis, Tess, que je suis contente d’avoir retrouvés  à Paris ; Marie, Maxime, Fanfan, Livia et sa famille Marie-Agnès, Serge et Agostino en Normandie, Elise, Aurélie, Gwen, leur famille et toute ma famille en Bretagne.
Merci de m’avoir permit de réaliser ce (demi-)tour de France, merci pour les shootings, pour l’hébergement, pour les repas délicieux (je pense notamment à des pâtes aldente aux coques en Normandie), merci pour les conseils, les discussions, MERCI pour tous les souvenirs !
Je n’ai pas pu poster toutes les photos, il y en a bien trop, mais vous pouvez les retrouver sur ma page Facebook : www.facebook.com/gaellesimon.photos

2 thoughts on “mon (demi-)tour de France

  1. Génial merci!quel beau voyage en France et encore mieux avec ta vision de derrière l objectif amicalement Annick Meynard

  2. Bravo Gaëlle !!! Tu es une vrai artiste !!
    Bisous des coysins Bretons qui attendent que tu revienne !!

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